Couteau gyuto : bien choisir et bien l’utiliser
Après avoir passé de longues heures à alterner entre un couteau de chef occidental lourd et un gyuto trop grand pour ma planche, j’ai compris que le choix ne se résume pas à une question de style. Le couteau gyuto peut devenir l’outil le plus polyvalent de votre cuisine, mais seulement si sa longueur, son profil et son entretien correspondent réellement à votre manière de couper.
Le déclic est venu lorsque j’ai cessé d’essayer de reproduire exactement mon ancien coup de balancier. Un gyuto accepte très bien le mouvement de bascule, mais il révèle surtout son potentiel quand on exploite sa zone plate, sa lame fine et sa capacité à réaliser des coupes en poussée nettes. C’est ce mélange entre précision japonaise et polyvalence du couteau de chef qui le rend si intéressant au quotidien.
Temps nécessaire : comptez environ 15 minutes pour évaluer votre espace de travail et votre gestuelle, puis quelques sessions de cuisine pour adapter vos habitudes. Difficulté : facile à comprendre, mais intermédiaire à maîtriser si vous venez d’un couteau de chef occidental très courbé.
Les points essentiels à retenir
- Le gyuto est le couteau de chef japonais polyvalent : il sert aux légumes, aux herbes, aux fruits, aux viandes sans os et à de nombreux travaux de précision.
- Sa lame est généralement plus fine, plus légère et plus dure que celle d’un couteau de chef occidental classique.
- Son tranchant combine une partie plutôt plate vers le talon et un ventre progressivement courbe vers la pointe.
- Le format de 210 mm est souvent le meilleur point de départ pour un unique couteau de chef japonais destiné à une cuisine domestique polyvalente.
- Un gyuto n’est pas un couteau à os, un couperet ni un outil pour forcer dans les aliments très durs : sa finesse est son avantage, mais elle impose une gestuelle propre.
Qu’est-ce qu’un gyuto exactement ?
Le mot gyuto (牛刀) signifie littéralement « couteau à bœuf ». À l’origine, cette forme était associée au travail de la viande. Elle est devenue avec le temps l’équivalent japonais du couteau de chef occidental : une lame généraliste, assez longue pour travailler efficacement, assez fine pour produire des coupes régulières et assez pointue pour les gestes précis.
Ce qui distingue un couteau gyuto n’est pas seulement son apparence. Sa géométrie traduit une autre approche de la coupe. Là où un couteau de chef occidental privilégie souvent une lame robuste, une courbure continue et une grande tolérance aux gestes brusques, le gyuto mise davantage sur la finesse du tranchant et la qualité du mouvement.
- Longueur de lame : le gyuto existe généralement entre 180 et 270 mm, avec les formats 210 et 240 mm comme repères polyvalents.
- Profil : la zone du talon est relativement plate, puis le tranchant développe une courbe douce jusqu’à une pointe fine.
- Épaisseur : la lame est souvent plus fine derrière le fil qu’un couteau de chef occidental.
- Dureté : de nombreux gyuto utilisent des aciers durs, fréquemment autour de 60 HRC ou davantage, HRC désignant ici l’échelle de dureté Rockwell couramment utilisée pour comparer les lames.
- Usage : coupe en poussée, coupe en traction, éminçage et balancier modéré font partie de son terrain de jeu.
Ne faites pas mon erreur de croire qu’une lame plus fine est forcément plus fragile dans tous les usages. Elle est surtout plus spécialisée. Sur un oignon, une carotte, une courgette ou une pièce de viande désossée, cette finesse réduit la résistance à la coupe et rend les gestes étonnamment fluides. En revanche, elle ne pardonne pas les torsions dans un os, les chocs contre un noyau ou les découpes brutales de produits très denses.
C’est justement pour cela que le couteau de chef japonais demande moins de force et plus d’attention. Il ne cherche pas à tout supporter ; il cherche à mieux couper ce qui relève réellement d’un couteau de chef. Dit autrement, un gyuto bien utilisé donne l’impression d’en faire plus parce qu’il coupe mieux, pas parce qu’il encaisse plus d’abus.
Comprendre le profil : plat au talon, courbe au ventre, pointe précise
La forme d’un gyuto peut sembler proche de celle d’un couteau de chef classique. Pourtant, quelques millimètres de courbure changent profondément les sensations sur la planche. C’est le point que je conseille de regarder avant même le manche ou l’acier, car c’est lui qui détermine la gestuelle naturelle de la lame.
La zone plate : la clé des coupes nettes
Près du talon, le tranchant d’un gyuto est assez plat. Cette partie travaille particulièrement bien en coupe en poussée : vous avancez la lame vers l’avant et vers le bas, sans chercher à la faire rouler exagérément sur la planche. Cette gestuelle est très efficace pour les légumes longs, les bâtonnets, les tranches régulières et les découpes de viande.
En pratique, il suffit souvent d’adopter une main en griffe pour stabiliser l’aliment, puis de poser la partie arrière de la lame de manière stable avant d’accompagner la coupe d’un mouvement franc. Le point important n’est pas la vitesse, mais la continuité du geste. Quand le mouvement est propre, la tranche se détache sans écrasement et sans besoin de repasser au même endroit.
C’est là que le couteau gyuto surprend agréablement les personnes venues d’un couteau de chef très courbé. Au lieu de dépendre presque entièrement du balancier, il donne d’excellents résultats dès qu’on accepte de laisser la lame avancer. Sur une carotte, une courgette ou un poireau, cette différence se sent immédiatement. Sur une pomme de terre ou un oignon, elle se voit aussi dans la régularité des tranches : moins de déchirure, moins d’écrasement, moins de gestes correctifs.
Le ventre courbe : un balancier utile, pas obligatoire
Le ventre correspond à la courbe progressive qui apparaît en allant vers la pointe. Il permet le coup de balancier, cette oscillation où une partie de la lame reste proche de la planche pendant que le talon ou la pointe se relève alternativement.
Sur des herbes, des échalotes ou des oignons, ce mouvement est rapide et naturel. Le gyuto n’a toutefois pas toujours la courbure très accentuée d’un couteau de chef français traditionnel. Il ne faut donc pas le forcer à basculer de façon spectaculaire. Le balancier doit rester court, contrôlé et léger, avec une lame qui avance un peu au lieu de marteler verticalement.
J’ai perdu du temps à utiliser un gyuto comme un couteau très courbé, avec de grands mouvements de rocking. Cela fatigue inutilement le poignet et peut laisser des zones non coupées sous la lame. Avec ce profil, une bascule courte combinée à une avancée vers l’avant est généralement plus efficace, surtout quand on hache finement un bouquet d’herbes ou qu’on termine un oignon déjà prétranché. Si vous sentez que la lame cogne plus qu’elle ne coupe, c’est souvent le signe que vous demandez au ventre de faire un travail que la zone plate ferait mieux.
La pointe : l’atout précision du couteau de chef japonais
La pointe fine d’un couteau de chef japonais sert aux petites incisions, au parage des nerfs, au retrait délicat de membranes ou à la préparation précise des garnitures. Elle est plus utile que l’on ne l’imagine, notamment quand il faut travailler un ingrédient sans le déchirer.
Utilisez-la avec retenue. Une pointe fine est excellente pour guider la lame, mais elle n’est pas faite pour perforer brutalement une surface dure ni pour servir de levier. C’est une règle simple qui évite la plupart des mauvaises surprises et qui rappelle que la précision d’un gyuto vient moins de la force que de l’angle et du contrôle.
Cette complémentarité entre talon plat, ventre progressif et pointe précise explique pourquoi le gyuto paraît si polyvalent en cuisine. Il ne fait pas tout de la même manière : il vous pousse plutôt à choisir la bonne zone de la lame selon l’aliment et le geste.
Choisir entre 180, 210 et 240 mm
La bonne longueur ne dépend pas uniquement de la taille de vos mains. Votre planche, l’espace devant vous, le volume d’ingrédients préparés et votre confiance avec une lame longue comptent tout autant. Une lame trop courte oblige à multiplier les mouvements ; une lame trop longue peut devenir encombrante et décourager son utilisation. C’est pourquoi il vaut mieux réfléchir à l’ensemble du poste de travail plutôt qu’à la seule fiche technique.
Gyuto 180 mm : compact et rassurant
Le gyuto de 180 mm convient particulièrement bien aux petites planches, aux espaces de travail réduits et aux personnes qui recherchent un contrôle immédiat. Il est agréable pour émincer un oignon, détailler des fruits, préparer de petites quantités de légumes ou faire des travaux précis.
- Ce qu’il fait très bien : petites préparations, gestes précis, cuisine quotidienne dans un espace compact.
- Sa limite : les gros choux, les longues carottes et les grandes pièces de viande demandent davantage de repositionnements.
- Pour qui : mains compactes, planche courte, préférence pour la maniabilité avant tout.
Je le vois comme un excellent format d’entrée pour quelqu’un qui veut découvrir le couteau de chef japonais sans être impressionné par une grande lame. En revanche, si vous cuisinez souvent en quantité ou si vous aimez trancher d’un seul geste, vous risquez d’atteindre ses limites assez vite. Un 180 mm donne rarement l’impression d’être insuffisant sur une petite cuisine ; il devient surtout restrictif quand la taille des ingrédients augmente.
Gyuto 210 mm : le format polyvalent
Si je devais recommander une seule longueur à quelqu’un qui découvre le couteau gyuto, ce serait 210 mm. Ce format conserve une vraie surface de coupe sans imposer l’encombrement d’une lame plus longue. Il est assez à l’aise sur les légumes, les herbes, le poisson et les viandes désossées, tout en restant facile à contrôler.
- Ce qu’il fait très bien : la plupart des préparations domestiques, du hachage d’herbes à l’éminçage de légumes.
- Pourquoi il fonctionne : la zone plate est assez longue pour les coupes en poussée et le ventre offre un balancier confortable.
- Pour qui : cuisiniers cherchant un couteau de chef unique pour couvrir l’essentiel de leurs tâches.
C’est aussi la longueur qui pardonne le mieux les habitudes mixtes. Si vous alternez spontanément entre poussée, traction et petite bascule, un 210 mm s’adapte sans vous obliger à tout réapprendre d’un coup. Beaucoup de cuisines domestiques le trouvent simplement juste : assez long pour être efficace, assez compact pour rester naturel.
Dans la vraie vie, c’est le format qui passe le mieux d’une tâche à l’autre. Vous pouvez ciseler des herbes, émincer un gros oignon, fendre une courgette dans la longueur, trancher une pièce désossée puis revenir à une brunoise sans avoir l’impression de changer d’outil ou de rythme. Si vous hésitez entre deux tailles, c’est souvent le 210 mm qui réduit le plus le risque de regret.
Gyuto 240 mm : amplitude et rendement
Le gyuto de 240 mm s’exprime sur une grande planche, avec des gestes plus amples et des volumes d’ingrédients importants. Sa longueur aide à trancher proprement de grandes pièces, à émincer beaucoup de légumes et à conserver une trajectoire régulière sur une coupe longue. C’est le format qui commence vraiment à montrer à quel point un couteau de chef japonais peut être fluide quand l’espace suit.
Il demande toutefois une organisation adaptée. Sur une planche trop petite, la pointe se retrouve vite près du bord, le manche manque de dégagement et le mouvement devient maladroit. Un 240 mm n’est pas difficile par nature ; il exige simplement l’espace nécessaire pour que sa longueur devienne un avantage plutôt qu’une contrainte.
Concrètement, ce format plaît souvent aux cuisiniers qui préparent de gros volumes de légumes, qui tranchent régulièrement de larges pièces désossées ou qui apprécient la stabilité d’une lame longue sur des coupes continues. Sur un gros chou, un bouquet d’herbes important ou une série de carottes à détailler, l’amplitude supplémentaire peut rendre le travail plus propre et plus reposant, parce qu’elle limite les repositionnements.
Avant de choisir cette longueur, je conseille surtout de vérifier la zone réellement utilisable de la planche et le dégagement autour de vous. Si la pointe vient constamment frôler un mur, un évier ou le bord du plan de travail, vous n’exploiterez jamais le potentiel du 240 mm. À l’inverse, sur une planche large avec un geste relâché, il peut devenir étonnamment naturel, parfois même plus stable qu’un format plus court.
C’est aussi une longueur qui récompense une gestuelle calme. Plus la lame est longue, moins il est utile de se précipiter. Laissez-la travailler sur toute sa course, profitez de la portion plate pour les coupes franches et de la longueur pour tirer ou pousser sans à-coups. Si vous cuisinez souvent pour plusieurs personnes ou si vous aimez les grandes lames bien posées sur la planche, le 240 mm peut devenir un vrai confort plutôt qu’un simple caprice de passionné.
Gyuto ou couteau de chef occidental : une comparaison honnête
Passer à un gyuto ne signifie pas que le couteau de chef occidental devient mauvais ou dépassé. Les deux profils répondent à des priorités différentes. C’est justement en acceptant leurs compromis que vous ferez un choix pertinent.
- Poids : le gyuto est souvent plus léger et plus vif. Cette réactivité est appréciable lors des longues préparations, mais elle peut surprendre si vous aimez sentir le poids de la lame guider la coupe.
- Équilibre : un gyuto donne fréquemment une sensation plus directe et plus précise. Le couteau occidental peut offrir une impression plus massive et rassurante pour les gestes appuyés.
- Profil : le chef occidental est souvent plus favorable au balancier très prononcé ; le gyuto est plus polyvalent entre poussée, traction et bascule modérée.
- Tranchant : l’acier plus dur d’un gyuto permet un fil très fin et une excellente tenue de coupe, à condition de respecter la lame.
- Tolérance : un couteau occidental plus épais supporte en général mieux certains gestes approximatifs. Le gyuto récompense la précision, mais il est moins adapté aux usages de force.
Le bon résumé est le suivant : choisissez un gyuto si vous voulez couper avec moins d’effort, gagner en finesse et apprendre une gestuelle plus propre. Gardez une lame plus robuste pour les os, les cartilages, les aliments très durs ou toute situation qui impose de tordre et de forcer. Autrement dit, le gyuto n’est pas une version « supérieure » du couteau de chef occidental dans l’absolu ; c’est une réponse différente aux mêmes besoins de polyvalence.
Cette comparaison devient beaucoup plus claire dès que vous cuisinez plusieurs jours de suite avec le même outil. Le couteau de chef occidental rassure souvent par sa robustesse perçue et sa capacité à encaisser des gestes moins soignés. Le gyuto, lui, encourage une coupe plus propre, plus glissée, plus régulière. On perd un peu en tolérance aux mauvais réflexes, mais on gagne souvent en précision, en fatigue réduite et en netteté de coupe.
Bien utiliser votre couteau gyuto au quotidien
Un gyuto performant ne demande pas une technique compliquée, mais il mérite une routine cohérente. Ce sont les petits détails qui font la différence entre une lame qui reste agréable à utiliser et une lame qui s’émousse ou s’abîme inutilement. La bonne nouvelle, c’est que ces habitudes se prennent vite.
Préparer le bon poste de coupe
Utilisez une planche en bois ou en matériau composite de qualité, suffisamment longue pour votre lame. Gardez une zone dégagée devant la planche afin que le talon, le manche et la pointe ne heurtent rien. Stabilisez aussi la planche : une base qui glisse pousse à compenser par des gestes crispés, et c’est exactement l’inverse de ce qu’un couteau gyuto demande.
La prise en main compte tout autant. Tenez le manche fermement, sans le serrer à outrance. Plus vous contractez la main, plus vous ralentissez le geste et plus vous risquez de « forcer » la lame au lieu de la guider. Un bon couteau de chef japonais fonctionne mieux quand la coupe vient d’un mouvement propre que d’une pression excessive.
Avant même la première coupe, prenez l’habitude de regarder où finit la pointe et où recule le manche. Ce simple repère évite beaucoup de chocs inutiles contre un rebord de planche, un saladier ou un mur proche. Avec un gyuto, l’espace de travail fait réellement partie de l’outil.
Adapter la technique à l’aliment
Pour les légumes fermes, la coupe en poussée donne souvent les meilleurs résultats : la lame avance et descend dans le même mouvement, ce qui aide à obtenir des tranches régulières sans écraser la matière. Pour les produits plus tendres, un mouvement de traction peut préserver davantage la texture. C’est particulièrement sensible sur les herbes, certaines tomates ou des protéines délicates.
Le balancier, lui, mérite d’être réservé aux hachages fins et aux séries rapides sur de petites masses d’aliments. Là encore, le piège classique consiste à lever trop haut la lame. Avec un gyuto, on gagne généralement à faire avancer le fil plutôt qu’à frapper verticalement. Cela réduit les contraintes sur le tranchant comme sur le poignet.
Un bon test consiste à écouter la planche. Si le bruit est sec et répété, vous êtes peut-être en train de cogner plus que de couper. Si le son reste court et léger, avec une sensation de glisse, la gestuelle est souvent meilleure. Sur une botte d’herbes, par exemple, la lame doit traverser la masse avec continuité ; sur un poivron ou une tomate, elle doit entrer proprement sans écraser la peau avant la coupe.
Astuce pratique : lorsque vous transférez les aliments coupés, retournez le couteau et utilisez le dos de la lame plutôt que le fil. Cela paraît anodin, mais c’est l’une des habitudes les plus simples pour préserver un tranchant fin.
Entretien : préserver un tranchant fin sans le maltraiter
La dureté élevée d’un couteau gyuto lui permet de garder longtemps un tranchant précis. En contrepartie, l’entretien doit être plus discipliné que celui d’un couteau de chef plus souple. Le but n’est pas de vous imposer une routine lourde : il s’agit surtout d’éviter les mauvais gestes qui dégradent inutilement le fil.
Après usage, nettoyez la lame sans tarder pour enlever les résidus, puis séchez-la soigneusement. Ce geste simple compte plus qu’on ne le pense, surtout si vous coupez des produits acides, humides ou collants. Le rangement a également un rôle direct sur la longévité du fil : une lame laissée au contact d’autres ustensiles perd vite en netteté à cause des microchocs répétés.
Au quotidien, une routine simple suffit souvent. Avant de commencer, vérifiez rapidement que le fil est propre et que rien n’adhère à la lame. Pendant la préparation, essuyez si nécessaire pour éviter l’accumulation de résidus qui freinent la coupe. Après le service ou le repas, nettoyez, séchez et rangez le couteau dans un espace où le tranchant ne touche pas d’autres objets. Ce sont des gestes modestes, mais ils prolongent réellement le plaisir d’usage.
L’affûtage mérite d’être vu comme un entretien préventif, pas comme une réparation de dernière minute. N’attendez pas qu’un gyuto « ne coupe plus du tout ». Dès que vous sentez que vous devez appuyer davantage sur la tomate, le poivron ou les herbes fraîches, il est temps de redonner de la netteté au fil avec une méthode adaptée à votre lame. Les détails précis de l’affûtage peuvent varier selon l’acier et vos habitudes, mais le principe reste le même : mieux vaut un entretien régulier et mesuré qu’une remise en état tardive après des mois de négligence.
Il est aussi utile d’observer comment le couteau coupe, pas seulement s’il coupe. Une lame encore utilisable sur une carotte peut déjà manquer de finesse sur une tomate mûre ou sur des herbes tendres. Ce décalage est souvent le vrai signal d’alerte. Si vous attendez que tous les aliments résistent, vous laissez le fil se dégrader plus qu’il ne le faudrait.
Évitez également les torsions latérales. Si la lame reste coincée dans un aliment, ne la faites pas pivoter pour la libérer. Retirez-la dans l’axe, repositionnez-vous, puis reprenez la coupe. Cette précaution est particulièrement importante avec les lames dures et fines, dont la performance repose justement sur un fil très délicat.
Enfin, souvenez-vous qu’un gyuto bien entretenu n’est pas seulement plus tranchant : il est aussi plus agréable, plus sûr et plus cohérent avec sa philosophie de coupe. Quand la lame glisse proprement, on force moins, on fatigue moins et on travaille mieux.
Les erreurs qui empêchent vraiment de profiter d’un gyuto
Les défauts les plus fréquents ne viennent pas forcément du couteau lui-même. Ils apparaissent souvent quand on utilise un gyuto avec des habitudes conçues pour une lame plus épaisse, plus lourde ou plus tolérante. Voici les erreurs qui reviennent le plus souvent en pratique.
- Choisir une lame trop longue pour sa planche : le couteau devient impressionnant, mais pas plus efficace. L’espace de travail doit dicter la longueur autant que l’envie d’une grande lame.
- Forcer le coup de balancier : un gyuto fonctionne très bien en bascule, mais sa zone plate mérite d’être utilisée au lieu d’être contournée.
- Utiliser le gyuto pour les os ou les cartilages : ce n’est pas le rôle d’un couteau de chef japonais fin. Préservez-le pour les produits adaptés.
- Couper avec une planche trop dure ou abîmée : la qualité de la planche influence directement la longévité du fil.
- Attendre que le couteau ne coupe plus du tout avant d’agir : un entretien régulier et mesuré est plus simple qu’une remise en état après des mois de négligence.
- Prendre un manche sans penser à la prise en main : l’ergonomie compte autant que la lame, surtout lors de longues préparations ou lorsque les mains sont humides.
J’ajouterais une erreur plus discrète : vouloir aller trop vite dès les premières utilisations. Un couteau gyuto donne parfois envie d’accélérer parce qu’il entre facilement dans les aliments, mais la vraie progression vient d’abord de la précision. Quelques sessions calmes suffisent en général pour comprendre quelle partie de la lame utiliser, comment accompagner la coupe et quand réduire l’amplitude du balancier.
La plupart de ces erreurs ne viennent pas d’un mauvais couteau, mais d’un décalage entre l’outil, l’espace de travail et les habitudes de coupe. C’est aussi pour cela qu’un gyuto bien choisi paraît immédiatement évident, alors qu’un modèle mal adapté peut sembler décevant sans l’être réellement.
Aller plus loin : bâtir une batterie cohérente autour du gyuto
Le gyuto peut couvrir une grande partie des tâches d’une cuisine, mais « polyvalent » ne veut pas dire universel. Son rôle est de devenir votre lame centrale : celle qui prépare les légumes, détaille les protéines désossées, émince les herbes et assure la majorité des découpes quotidiennes.
Pour le reste, il est plus intelligent d’adapter l’outil au travail plutôt que de demander au gyuto de tout supporter. Les opérations structurelles, les os, les cartilages et les ingrédients particulièrement durs nécessitent une lame conçue pour encaisser ces contraintes. Cette répartition protège votre couteau de chef japonais et améliore aussi la qualité de vos gestes.
Dans une cuisine professionnelle comme à la maison, le meilleur équipement n’est pas celui qui paraît le plus impressionnant. C’est celui qui reste propre, confortable, précis et fiable pendant toute la préparation. La tenue de coupe, l’ergonomie du manche, la résistance à la corrosion et la facilité d’entretien doivent travailler ensemble.
Autrement dit, le gyuto n’a pas besoin d’être seul pour être central. Au contraire, il exprime mieux ses qualités quand on lui laisse ce qu’il fait le mieux : couper net, vite et proprement, sans lui demander de remplacer les outils destinés aux tâches de force.
TL;DR : le gyuto en pratique
- Le couteau gyuto est le couteau de chef japonais polyvalent, conçu pour des coupes fines, rapides et précises.
- Son profil associe un talon plutôt plat, utile en poussée, à un ventre courbe qui autorise un balancier mesuré.
- Choisissez 180 mm pour la compacité, 210 mm pour l’équilibre quotidien et 240 mm pour une grande planche et des volumes plus importants.
- Face à un couteau de chef occidental, le gyuto apporte souvent plus de légèreté, de finesse et de précision, mais demande une gestuelle plus respectueuse.
- Utilisez-le pour les légumes, les herbes, les fruits, le poisson et les viandes sans os ; réservez les travaux de force à une lame appropriée.
- Nettoyez, séchez, rangez et affûtez régulièrement votre gyuto : un tranchant fin reste performant lorsqu’il est entretenu avec constance.
Le gyuto devient réellement exceptionnel lorsque vous cessez de le considérer comme un simple couteau de chef plus élégant. C’est une lame qui vous apprend à moins forcer, à mieux guider la coupe et à choisir le bon geste pour chaque ingrédient. Si vous choisissez la bonne longueur et que vous respectez sa finesse, le couteau gyuto peut facilement devenir la lame la plus utile de votre cuisine.
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